Notre équipe de recherche, dirigée par la professeure Tanya Handa à l'Université du Québec à Montréal, étudie l'effet de la tonte partielle des pelouses sur la biodiversité et la fonctionnalité des écosystèmes urbains.
Nos résultats démontrent que réduire la tonte a des bienfaits allant bien au-delà des pollinisateurs. Venez découvrir ceux-ci à travers notre série de capsules vidéo. Qui sait, peut-être que cela vous motivera à laisser vos pelouses pousser un brin?
Qu'elles soient dans nos cours, dans les parcs ou en bordure de trottoir, nous côtoyons les pelouses au quotidien. Selon une étude de la Fondation David Suzuki en 2024, cet écosystème urbain peut représenter en moyenne près de 14 % de la superficie totale de nos villes québécoises. Montréal est la ville championne avec près de 20 % de sa superficie étant des pelouses (Fortin Faubert & Huet 2024).
Les pelouses apportent plusieurs bienfaits allant au-delà de nos usages récréatifs. Elles peuvent contribuer au rafraîchissement des îlots de chaleur, à la régulation des flux d'eau et à la création d'habitats pour la biodiversité. Et c'est d'autant plus vrai comme elles sont partout !
Toutefois, notre gestion intensive des pelouses à travers l'utilisation de pesticides et de fertilisants, la surutilisation de l'eau et la tonte fréquente peut contrebalancer négativement les effets positifs attendus. Une gestion intensive peut même rendre les pelouses non résilientes aux conditions météorologiques extrêmes (p.ex. sécheresse) et amplifier des « problèmes » qu'on tente d'éliminer avec la tonte (e.g. herbe à poux, vers blancs).
La gestion différenciée des pelouses (ou tonte partielle) est de plus en plus pratiquée en milieu urbain. Il s'agit de diversifier la fréquence de tonte à l'échelle de notre paysage : nous continuons de tondre fréquemment certaines zones afin de permettre la poursuite des usages récréatifs, alors que la tonte est réduite dans d'autres zones afin de favoriser la biodiversité et ses bienfaits. Il s'agit d'une façon simple de diversifier les plantes dans nos pelouses, car de nouvelles espèces viendront s'y établir avec le temps.
Si ces friches sont parfois établies dans des zones moins utilisées par les citoyens (p.ex. terre-plein, bordure d'un parc) ou difficiles d'accès pour l'entretien (p.ex. terrain en pente), elles sont aussi carrément mises à l'honneur dans certains espaces verts afin de favoriser le contact à la nature des usagers. Une tonte est possible à l'automne pour éviter que les espèces ligneuses s'établissent à long terme. Dans les lieux publics, une tonte est généralement effectuée en bordure du sentier (bordure de transition) et si la surface est grande, il y a parfois des petits chemins tondus pour permettre aux usagers de circuler plus facilement.
La gestion différenciée des pelouses se pratique sur de grandes comme de petites surfaces. Nous suggérons qu'à l'échelle du paysage, 30 % de la pelouse devrait être non tondue, faisant écho aux cibles mondiales de conservation du territoire pour favoriser la biodiversité.
Vous avez peut-être déjà entendu parler du fameux Défi pissenlits (No Mow May), lequel vise à préserver les premières ressources florales printanières (les pissenlits) pour aider les pollinisateurs en retardant la tonte ?
Plusieurs initiatives ont germé au cours des dernières années afin d'encourager et d'outiller les citoyens à changer leur façon d'entretenir leur pelouse (p.ex. Partage ta pelouse de la Fondation David Suzuki). Une méta-analyse d'une équipe de chercheurs de l'Université du Québec à Trois-Rivières (Watson et al. 2019) a souligné que réduire la fréquence de tonte augmente la diversité des plantes herbacées et des pollinisateurs, ce que nos propres résultats confirment également. Toutefois, le portrait était moins clair quant aux effets sur la biodiversité du sol et sur la fonctionnalité de l'écosystème, particulièrement dans le temps. Nos résultats suggèrent que l'étendue des bienfaits d'une réduction de tonte peut être surprenante, allant même jusqu'aux sols (Raymond-Léonard et al., soumis). En voici quelques-uns :
Dora Bennett Batov, Xavier Boulanger-Paradis, Sarah Ishak, Jacob Lavoie, Ariane Létourneau, Rosemarie Lombart, Laura Jeanne Raymond-Léonard, Roberto Sepulveda-Mina, Jérémi St-Pierre & Thania Veilleux-Gomez



